8. mai 2026
« L’IA peut générer des images, mais elle ne peut pas vivre une vie »
Source photo : Pixabay
L’intelligence artificielle s’impose dans la création artistique et bouscule les artistes, y compris les plus jeunes. À seulement 19 ans, Camille, artiste peintre en début de parcours, voit déjà son futur métier évoluer à grande vitesse. Elle raconte comment l’IA influence sa vision de l’art et ses premières expériences professionnelles.
« Tu es jeune et déjà très concernée par l’IA. Comment est-elle entrée dans ton quotidien d’artiste ?
Par les réseaux sociaux surtout. J’ai commencé à voir des images de très haute qualité générées en quelques secondes. Au début, c’était impressionnant. Puis j’ai compris que ces images remplaçaient parfois des commandes d’artistes allant même jusqu’à s’approprier les œuvres des vrais artistes peintres lorsqu’un individu lui demande de générer une image. Là, ça devient réel.
Tu as déjà ressenti un impact direct ?
Oui. Pour des petits projets ou des affiches, certains préfèrent utiliser une IA parce que c’est rapide et presque gratuit. Quand on débute, ce sont justement ces commandes qui permettent de se lancer, quelque chose de facile à réaliser et accessible. Donc on se sent directement concerné.
Qu’est-ce que ça change quand on commence une carrière artistique aujourd’hui ?
On a l’impression d’arriver dans un métier qui change sous nos yeux. On nous répète qu’il faut se démarquer, avoir un style, mais en même temps une machine peut imiter ce style en quelques secondes. Ça peut faire peur.
Est-ce que tu utilises toi-même l’IA ?
Oui, parfois pour chercher des idées ou des ambiances. Mais je la vois comme un outil pour m’inspirer, pas comme une finalité. Ce qui m’intéresse, c’est peindre, toucher la matière, passer des heures sur une toile et créer quelque chose.
Qu’est-ce que l’IA ne pourra jamais remplacer selon toi ?
Le processus. Les erreurs, le temps passé. Quand je peins, je peux rester bloquée des jours sur un détail. C’est frustrant, mais c’est aussi ce qui rend l’œuvre personnelle et unique.
La question du droit d’auteur t’inquiète-t-elle ?
Oui, beaucoup. Savoir que des IA sont entraînées sur des images d’artistes sans leur accord, c’est dérangeant. On a l’impression que notre futur travail sert à entraîner des machines qui nous concurrenceront. On se sent remplacés.
Comment imagines-tu ton avenir dans ce contexte ?
Je pense qu’il faudra défendre encore plus la valeur de l’original. Les gens auront toujours besoin d’objets uniques, d’œuvres physiques, d’un lien avec l’artiste ou d’une œuvre très spécifique qu’une intelligence artificielle ne peut pas générer.
Penses-tu que cette évolution change la manière dont les jeunes voient le métier d’artiste ? Oui, je pense. Beaucoup de jeunes artistes se demandent si c’est encore possible d’en vivre. Mais en même temps, ça pousse à réfléchir à ce qui rend notre travail vraiment unique et à développer encore plus notre identité artistique.
Qu’est-ce qui te motive à continuer malgré ces inquiétudes ? La passion avant tout. Peindre me fait du bien et me permet de m’exprimer. Même si le métier change, l’envie de créer reste la même. Et je crois qu’il y aura toujours des personnes sensibles à l’art fait par une main humaine.
Si tu devais résumer ton avis sur la question en une phrase ?
L’IA peut générer des images, mais elle ne peut pas vivre une vie. Et l’art, pour moi, commence là. »